On s’retrouvait tous en famille
Sur la côte, une terre, une île
On s’retrouvait le soir pour manger
Sur des tréteaux en papier
Le terrain derrière la maison
Qu’on s’posait dans les chardons
Ça parlait fort ça s’engueuler
Avant de pêcher la basse marée
Ce sont des souvenirs à la pelle
Qui remplissent bien le seau
Les morceaux d’un puzzle
Qu’on se garde dans le rétro
Les dunes et les joncs
Plus hauts que la maison
Qu’on courait à s’rouler dessus
Qu’on s’cachait à perte de vue.
On croisait sur les chemins
Des gens qu’on saluait
De loin, le temps d’un été
On était du même bain.
Ce sont des souvenirs à la pelle
Qui remplissent bien le seau
Les morceaux d’un puzzle
Qu’on se garde dans le rétro
Lorsque venait le soir
On s’retrouvait à la foire
Le manège tournait, tournait, tournait
Comme un disque rayé, tournait
Je me souviens des sillages, rayés.
Comme un arrêt (un arrêt) sur image
J’sais pas pourquoi j’aimais ça
P’tet à cause de maman papa
Ce sont des souvenirs à la pelle
Qui remplissent bien le seau
Les morceaux d’un puzzle (qu’on se garde dans le rétro)
Qu’on se garde dans le rétro (des souvenirs à la pelle)
Parfois un morceau qui colle
On retrouve sur le sol
Une pièce à l’envers
Un souvenir de travers
À conserver dans un bocal
Pour que ça reste pas banal
Avec un code couleur
Pour se rappeler des odeurs.
On a tous une terrasse ou un plan d’eau
Où se mettre quand a le moral à zéro
On a tous besoin de s’regarder passé
Avec une vue d’en haut.
C’est un peu comme dans son lit quand on déroule
des heures tic tak toc sur son tél c’est trop cool
toute la journée à r’garder les gens passés
Sans entrer dans la foule.
Moi mon truc c’est de glander zéro
D’être au soleil avec un verre d’eau
J’ai l’impression d’avoir tout compris
Et sans même réfléchir à la vie.
Si le monde tourne pas rond y’a les informations
qu’on écoute comme si on s’mettait un tampon
pour se protéger de tout c’qu’on veut cacher
Même à la maison.
On a tous besoin de partir en avion
Avec un steward qui vous donne l’impression
D’vous parler comme une version de votre passé
Avec le ciel et le coton.
Moi mon truc c’est de glander zéro
D’être au soleil avec un verre d’eau
J’ai l’impression d’avoir tout compris
Et sans même réfléchir à la vie.
On a tous besoin de toilettes, d’un petit cabinet
Pour se sentir plus beau peu importe c’qu’on y fait
Ces tout petits coins si on peut se repasser
le linge sale de la journée.
Certains ont leur moment glace ou whisky
Pour s’oublier dans tous les petits ennuis
Sans s’faire juger si on doit dépasser
Remets moi z’en une série.
Moi mon truc c’est de glander zéro
D’être au soleil avec un verre d’eau
J’ai l’impression d’avoir tout compris
Et sans même réfléchir à la vie.
Écoute, j’ai poussé mon coup d’gueule,
J’aime tes chansons mais pas tes absences.
T’as dit « C’est fini, je marche seul »,
Et moi j’te perd c’est une évidence.
Comment ça va ?
Assez bien, plutôt bien, plutôt pas mal,
ça va comme ça, comme ça c’est bien,
comme ci comme ça, comme je vais bien,
pas assez bien, je vais, je viens
ici et là, plutôt là-bas.
Oh regarde, regarde, on se croit libre,
Mais libre de quoi si on s’évite ?
On rompt en silence, c’est un drôle d’équilibre,
Mais un cœur trop froid, ça s’use trop vite.
Comment ça va ?
Je vais, j’écris plutôt moins bien,
j’écris en moins, je n’écris plus,
mais quelques temps, quelques moments
ça va, ça vient, un rien
et puis je n’écris plus.
T’en as marre des efforts, des longs compromis,
Des soirées à deux qui finissent en gris.
Mais toi tu n’es qu’une voix sans issue,
Qui chante la vie en l’étalant dans la rue.
Comment ça va ? Dis-moi vraiment,
entre deux heures, entre deux vents,
entre « je cours » et « j’ai le temps »,
entre « je vais » et « j’attends ».
On tourne la page, on verra bien demain,
Je garde ma route et je lâche ta main.
Plus de rancœur entre toi et moi,
Juste ta guitare qui vient qui va.
Comment ça va ? Dis-moi tout bas,
quand tout s’enfuit, quand rien ne vient,
entre « comme ci » et « comme ça »,
est-ce que tu tiens, est-ce que tu vas bien ?
Bien-sûr que t’es un bon père
À notre manière, on s’aime
Comme dans les westerns.
Au téléphone on se parle pas étant
donné que je donne tout à maman
j’lui demande si toi tu vas
comment vont tes tracas.
On se reconnaît quand on s’appelle
On se parle sans plus trop savoir
Y a le train faut que j’y aille
Sur le quai, je traîne ma ferraille
C’est not’dernière séance
sans les cœurs qui saignent
Juste une mise en scène
Pour ne pas se dire qu’on s’aime
C’est dingue comment les gens petits
Sont si grands dans un cœur meurtri
On dirait qu’il vous pose une graine
une graine qui pousse en vieillissant
Moi je suis grand comme une asperge
Toujours en train de vouloir le ciel
Alors que je devrais remercier
Qu’on m’ait laissé pousser.
C’est not’dernière séance
sans les cœurs qui saignent
Juste une mise en scène
Pour ne pas se dire qu’on s’aime
Je pourrais t’le dire que je t’aime
À nos âges, pas sûr que ça prenne
À nos âges, le mur est trop haut
Pour le passer en pilote auto
C’est en écrivant ces lignes
que je tire le fil invisible
qui nous relie par des non-dits
le fil invisible des non-dits.
C’est not’dernière séance
sans les cœurs qui saignent
Juste une mise en scène
Pour ne pas se dire qu’on s’aime.
Ces hommes et ces femmes, marchent droit et sans but sans destination aucune dans la ville le regard droit et le regard fixe sur l’horizon de bitume et de pierre, l’horizon de la grande cité urbaine. Il, ou elles, avancent seuls sans nul autre but que de marcher, et de se sentir avancer sur le trottoir, le regard plein du vide d’être entouré, mais seuls, toujours seuls
Il, ou elles, ont un certain style, le casque sur les oreilles, le téléphone à la main, les lunettes de soleil. Un certain style aérien, glissement de terrain et surfant sur l’urbain, leurs baskets sont leurs mains. Leurs vêtements sont minéraux, comme une seconde peau, et sous cette second peau, un corps en mouvement
Il, ou elles, marchent dans la ville, habillés de pluie ou de soleil, de jour ou de nuit, indifférent à la vie, aux rires des enfants, aux sans-abris, aux peines de cœur, aux joggeurs qui se regardent et aux baisers d’amour qui se font par mégarde, aux bancs verts, aux feux rouges, aux bandes blanches sur la route tracée comme autant d’obstacles à leur avancée. L’asphalte est leur chemin de poussière. Avancer sans but qu’il fasse froid ou chaud, hiver comme été, ils avancent sans fin, ignorant des gens sans penser ni à mal ni à bien ni en moins ni en rien. Non rien. Ils avancent le dos droit comme un soleil de midi. Ils avancent tête haute quand la lune sourit
Leur vie est affaire de trajectoires, de lignes invisibles à la cité, de courant forts, de marées montantes et de vagues de pas, seuls les pas comptent, [Reverb] le bruit des pas (pas) dans les oreilles, dans les écouteurs, la résonance du corps, le rythme du cœur dans le tempo, l’impulsion d’un pas (pas) de coté pour contourner ou mieux, la somme de tous les pas (pas) sous cette même impulsion, de la pression sur le sol dur (dur), dure la matière insoluble, pour créer un basculement de la réalité. Leurs pas sont des traces de poussière – il, ou elles, se l’imaginent – des traces qu’ils ou elles lèguent, aux suiveurs, tous marcheurs, les prédécesseurs devant, et les suiveurs derrière, dans une même danse de lumières, des lignes invisibles. Dans cet espace temps, un continuum se crée, une autre réalité, une ronde immense, qui transcende le quotidien
Le quotidien, le futile et le mesquin.
Qui sommes-nous à marcher, à se mouvoir à s’avancer ? Qui sommes-nous si s’échapper, c’est se retrouver ? Si nous nous réunissons quel sens donner à notre vie de solitaire ? Si nous nous arrêtons, disparaîtrions-nous de cette terre? Certains marchent à vive allure sportive, d’autres marchent d’allure contemplatrive. Enfin certains, ou certaines, marchent sur les pas d’un rêveur comme une voie faite de sel, comme une voile dans le ciel, telle la voie du poète, qui porte sa voie, dans le ciel, les pas d’un rêveur.
Moi aussi je marche dans la rue, je suis un marcheur, je suis plutôt un rêveur, un simple suiveur, et je dessine ma voie en les suivant de jour, et je les croise aussi dans mes rêves de nuit, quand je fuis mon ennui je rêve de la nuit et je les suis, je les suis de jour, et j’en rêve la nuit.
De jour comme de nuit.
Le soir devant la télé, ma mère s’installait, regardait les émissions de variété, les Champs Elysées, Perdu de Vue et le Jeu de la Vérité.
Notre maison était des plus banales, et la salle avait des airs de solitude, très propre et très décorée, comme toute la maison.
La télé trop petite et son magnéto, que personne ne pouvait faire marcher, et le canapée collé à la télé, la salle n’était pas grande, .
Dans ce canapé ma mère s’asseyait, sur un coté, très droite, les yeux rivés à l’écran, buvant les paroles des animateurs, des histoires de bonimenteurs.
L’air était froid, le chauffage coutait cher. Je n’ai jamais trop su si ma mère regardait, ou si elle dormait devant, les yeux bleus grands ouverts.
Les yeux bleus grands ouverts.
Ma place m’était toujours réservé, jeune enfant j’avais le droit de poser, de reposer ma tête sur ses jambes, pour un peu de chaleur, pour un peu de chaleur .
La seule qu’elle me cédait, car nous n’étions pas, naturellement très tendre nous, nous ne nous touchions pas, pas du tout.
Nous ne disions guère de la gentillesse, nous nous aimions bien sûr, mais d’une manière, très contenue et distante.
La dureté de la campagne dont elle était issue, la violence et la faim, qu’elle avait vécues, s’est changé en méfiance des sentiments, de l’amour et du toucher.
De l’amour et du toucher.
Ces instants pendant lesquels, ma tête et mes oreilles, pressés contre son ventre, faisait battre mon sang.
Puis imperceptiblement, la gêne s’installa, ma tête d’un coussin se contentera, ses jambes devinrent maigres, et ma tête fut trop lourde.
Et puis un jour, fini, je n’eux plus aucun droit, d’être encore un enfant, à ses yeux je devenais adulte.
Je devenais adulte.
Je devenais adulte.
