
Dans cette salle délabrée nous étions quinze.
Je ne sais pourquoi, une année après, je me souviens
de cet homme endormi, s’ouvrir au cri d’Olga
je ne sais comment les chauffages d’appoint
vinrent à nous chauffer je ne sais si l’homme endormi
rêvait de s’être réveillé ou se réveillait d’avoir trop rêvé
et l’artiste d’Olga « Olga! » criait-il en silence comme
nous quinze nous échouâmes au troisième étage
d’un bâtiment délabré, un homme dormait mais
un cri surgit « Olga! » et nous vîmes rouler sur le sol
un dé à six faces gravées du nom d’Olga
et nous entendîmes des verres cassées, des cris,
des répétitions à souhait, des regards baissés nous vîmes
le dé d’Olga rouler sur le sol mouillé nous vîmes
l’âme du poète nous porter dans ses fleuves …
nous nous vîmes chacun porteur d’un rêve
nous nous vîmes quinze à la même heure
porteur du même voyage criant en silence
« Olga! » sur le sol mouillé et les vers brisés.


Les arbres sont en beauté cet après-midi
Les feuilles orangées s’habillent de fauve
La coulée verte prend la couleur d’automne
Elle se rougit du sang et se gonfle du vent
Les gouttes et les poussières taquinent la paupière
Elles essaiment leur voyage comme un nouveau pollen
Ce sont des souvenirs en perles au bout des cils
Qui se ventilent à souhait pour prolonger le temps
Une femme, vieille comme ses peintures
(je l’imagine parfaite dans un autre labeur)
S’enroule de lainage et de légers soucis
Elle cherche compagnie sur le bord du passage
Elle se sait comme les feuilles en suspend dans les airs
Heureuse et prisonnière détachée de son chêne
Elle cherche malhabile un coeur pour l’écouter
Pour l’écouter chanter comme au pays d’été
Elle cherche malhabile un coeur pour l’écouter
Pour l’écouter chanter comme au pays d’été

Au matin,
Toute l’énergie de la vallée concentrée en deux forces
L’écume torrentueuse dévalise les bois, les bois
Aux plumes encore gonflées de l’orage du matin
Je m’ébroue et m’éveille, comme une ombre au soleil
… Granges d’Arros
Les bouquetins paissent le pour et le contre
J’ai d’autant le coeur à les suivre d’autant
Qu’ils cherchent à me fuir d’autant que dans l’orée
De feuilles parsemées, je guette Dyane
… ou Morgane la Fée
Au soir,
Chemin de boue se confond avec l’ennui
Du long monologue qu’entretiennent les pieds
Odeur forte que la terre dispense en son lit
Fait du voyageur un éternel amant
… Gite de Rouz
Le silence accablant à la nuit tombante
Quand rien ni même le vent ne vient troubler la pluie
Le toit de tôle se met à pleurer
Jusque sur la fenêtre referme les volets
… Cabane d’Aula
Cabane d’Aula?
Oasis de pierre roide
cernée de mousse froide

Il m’est arrivé sans toi de tourner dix fois
autour, autour de toi, tout en tournant autour
autour d’une autre pierre, d’une autre tour de pierre
d’une autre de toi, il m’est arrivé en sorte de
lever dix fois mon regard sur une autre
il m’est arrivé de n’être plus vraiment moi
quand je suis loin d’une autre, d’une autre de toi
il m’est arrivé de naître, de ne plus être moi.
Il m’est arrivé de te trouver dix fois
de te tourner dis moi il m’est arrivé
devant un tableau noir devant un carré rose
de ne vouloir que toi dix fois il m’est arrivé
de voir ce tableau et de ne penser qu’à toi
d’un pas de danse qui d’ombres se cadence
il m’est arrivé de ne plus être moi
devant un hominidé aux mains d’acier
arrivé de je ne sais où, il m’est arrivé
de me vouloir moi dans lui à tes cotés.
Il m’est arrivé bien des choses, sans toi
dis moi.
