Poésie : les sémèmes

Sémème : le sémème est défini comme un faisceau de traits sémantiques minimaux qui correspond à un lexème. C’est une entité sémantique constituée d’un ensemble de sèmes, qui sont des unités de sens distinctes mais qui contribuent à la définition d’un mot.

Que je ressasse que tu semasses
les graines de ton amour
pour nourrir les sémèmes
de nos sentiments.

Je viendrai les mains pleines
d’amarante ou du muguet en brin
d’amarante pour les peines
du muguet pour les chagrins.

je ressasse je ressasse
tu semasses, tu semasses

je t’aime vaut mieux que tu dégâts
là où je roi tu serais reine
ou mes vers à l’envers de toi
seraient au fond du trou

tu ressasses tu ressasses
je semasse, je semasse

Les poches pleines d’acajou
ou d’une boite de cachou
sortie de n’importe ou
pour mon petit bout de gars

les sémèmes de nos sentiments
sont-ils les mêmes lorsque je mens ?

Je sortirai mon palindrome
dans mon habit d’homme
et si tu snobes mon gag
ne vois tu pas les dégâts ?

je ressasse je ressasse
tu semasses, tu semasses

Le plus beau des mèmes
jamais vu sur instagrem
le plus beau des tip-top
jamais vu sur tiktok.

Poésie : mon bateau bleu

Mon bateau craque sous le soleil de Normandie
Mon bateau sombre sous le ciel de ma furie
Contenu sous les toits d’une maison bleue
C’est mon antre, ma loi et mon lieu.

C’est une chambre bleue qui navigue à vue
Emplie de livres de fauteuils et d’affiches
De matelas à terre, vaincus en friche
De vieilles BD à jamais décimées.

C’est une salle immense perdue dans mes pensées
Qui donne par la fenêtre sur un jardin pommier
Et de l’autre coté, un toit de verre sur lequel
Vient le soleil plomber et le ciel ruisselle.

C’est un bateau pompier pour qui sauve qui peut
Pour me couper du monde qui s’éteint
Pour ne pleuvoir ce monde qui m’atteint
Ma voile dressée en un cessez-le-feu.

Poésie : Olga !

Hommage à Ghérasim Lucas


Dans cette salle délabrée nous étions quinze.

Je ne sais pourquoi, une année après, je me souviens
de cet homme endormi, s’ouvrir au cri d’Olga

je ne sais comment les chauffages d’appoint
vinrent à nous chauffer je ne sais si l’homme endormi
rêvait de s’être réveillé ou se réveillait d’avoir trop rêvé

et l’artiste d’Olga « Olga! » criait-il en silence comme
nous quinze nous échouâmes au troisième étage
d’un bâtiment délabré, un homme dormait mais
un cri surgit « Olga! » et nous vîmes rouler sur le sol
un dé à six faces gravées du nom d’Olga

et nous entendîmes des verres cassées, des cris,
des répétitions à souhait, des regards baissés nous vîmes
le dé d’Olga rouler sur le sol mouillé nous vîmes
l’âme du poète nous porter dans ses fleuves …

nous nous vîmes chacun porteur d’un rêve
nous nous vîmes quinze à la même heure
porteur du même voyage criant en silence
« Olga! » sur le sol mouillé et les vers brisés.












Poésie : la Cabane d’Aulas

Au matin,

Toute l’énergie de la vallée concentrée en deux forces
L’écume torrentueuse dévalise les bois, les bois
Aux plumes encore gonflées de l’orage du matin
Je m’ébroue et m’éveille, comme une ombre au soleil
… Granges d’Arros

Les bouquetins paissent le pour et le contre
J’ai d’autant le coeur à les suivre d’autant
Qu’ils cherchent à me fuir d’autant que dans l’orée
De feuilles parsemées, je guette Dyane
… ou Morgane la Fée

Au soir,

Chemin de boue se confond avec l’ennui
Du long monologue qu’entretiennent les pieds
Odeur forte que la terre dispense en son lit
Fait du voyageur un éternel amant
… Gite de Rouz

Le silence accablant à la nuit tombante
Quand rien ni même le vent ne vient troubler la pluie
Le toit de tôle se met à pleurer
Jusque sur la fenêtre referme les volets
… Cabane d’Aula

Cabane d’Aula?

Oasis de pierre roide
cernée de mousse froide.

Poésie : la Foire du FIAC

Il m’est arrivé sans toi de tourner dix fois
autour, autour de toi, tout en tournant autour
autour d’une autre pierre, d’une autre tour de pierre
d’une autre de toi, il m’est arrivé en sorte de

lever dix fois mon regard sur une autre
il m’est arrivé de n’être plus vraiment moi
quand je suis loin d’une autre, d’une autre de toi
il m’est arrivé de naître, de ne plus être moi.

Il m’est arrivé de te trouver dix fois
de te tourner dis moi il m’est arrivé
devant un tableau noir devant un carré rose
de ne vouloir que toi dix fois il m’est arrivé
de voir ce tableau et de ne penser qu’à toi

d’un pas de danse qui d’ombres se cadence
il m’est arrivé de ne plus être moi
devant un hominidé aux mains d’acier
arrivé de je ne sais où, il m’est arrivé
de me vouloir moi dans lui à tes cotés.

Il m’est arrivé bien des choses, sans toi
dis moi.

Poésie : l’Automne de la vie

Les arbres sont en beauté cet après-midi
Les feuilles orangées s’habillent de fauve
La coulée verte prend la couleur d’automne
Elle se rougit du sang et se gonfle du vent

Les gouttes et les poussières taquinent la paupière
Elles essaiment leur voyage comme un nouveau pollen
Ce sont des souvenirs en perles au bout des cils
Qui se ventilent à souhait pour prolonger le temps

Une femme, vieille comme ses peintures
(je l’imagine parfaite dans un autre labeur)
S’enroule de lainage et de légers soucis
Elle cherche compagnie sur le bord du passage

Elle se sait comme les feuilles en suspend dans les airs
Heureuse et prisonnière détachée de son chêne
Elle cherche malhabile un coeur pour l’écouter
Pour l’écouter chanter comme au pays d’été
Elle cherche malhabile un coeur pour l’écouter
Pour l’écouter chanter comme au pays d’été